Comme à chaque nouvelle année j’éprouve le besoin de faire du tri et de prendre du recul par rapport à certaines de mes relations. Il me faut bien admettre que je traîne dans mon sillage des personnes que la vie à petit a petit éloignées de mes préoccupations et réciproquement, et ce, même si à une certaine période, elles ont beaucoup compté pour moi. Les outils de communication actuels malheureusement sont impitoyables car ils ne nous permettent aucune excuse pour justifier notre soudaine indifférence. Avec combien de nos « amis » sur facebook avons nous réellement des échanges ? Combien s'intéressent à ce que vous publiez et jouent le jeu ? Pour beaucoup, se créer un profil permet uniquement de visionner ce que les autres écrivent, et de collectionner les contacts pour se donner l'illusion qu'ils sont populaires. Que dire de ceux qui prétendent en avoir des centaines ? Comment pourrait-on communiquer avec autant de monde à la fois lorsqu'il ne s'agit pas d'une page à usage professionnel ? Pour ma part j’ai développé sur ce réseau certaines relations très agréables et fort intéressantes avec des personnes que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer physiquement. Mais il y a eu aussi tous ces visages rejaillis du passé avec qui les relations se sont très vite avérées décevantes voire inexistantes. Il aurait mieux valu pour ces personnes qu'elles restent intactes dans mes souvenirs... Pour d’autres, faute d'affinités réelles où de divergences d'idées, les liens n'ont jamais pu se créer. Je ne les conserve dans ma liste que pour ne pas les vexer, et tant que nous partageons des activités communes. En bref, force est de constater que pour les réseaux sociaux, il en va de même que dans la « vraie » vie. Les amitiés se nouent et se dénouent, certaines résistent et ne se démentent pas, d’autres deviennent obsolètes tandis que certaines se renforcent. Je pense bien entendu que le meilleur moyen d’avoir quelque chose à échanger, c’est encore de pouvoir partager des moment complices, des sorties, mais parfois c’est impossible à cause de l’éloignement. Néanmoins, en dehors du téléphone bien entendu, c'est souvent au travers des commentaires et des publications, des messages virtuels, des textos, des photos échangées, que nombre de mes amis d’autrefois ont su maintenir le lien et me donnent l’impression que nous ne nous sommes jamais quittés. C'est aussi ça la magie d'internet et des technologies nouvelles. Ces réseaux sociaux tant décriés peuvent avoir du bon à condition de les utiliser à bon escient et de toujours conserver son libre arbitre.


L’amitié existe parce nous avons, consciemment où non, des besoins à combler. Certains me diront que cette approche manque de
poésie, certes, elle est empreinte d’un certain pragmatisme acquis avec la maturité. L'amitié, par certains côtés, est très proche de l’amour. Il n'est pas rare d'ailleurs, lorsqu'il est question
de personnes de sexe opposé, que ces deux sentiments soient si étroitement mêlés qu'il est difficile de les distinguer. Ils peuvent alors être confondus et se muer en une sorte d'amour
platonique. L'amitié peut être passionnelle, destructrice, à sens unique, mais dans tous les cas, c’est une belle aventure qui vaut la peine d’être vécue. La vie n’est elle pas en elle-même une
aventure risquée ? Il arrive aussi qu'elle nous fasse découvrir des horizons nouveaux, qu’elle nous aide à passer un cap, nous amène à faire des choses dont on ne se serait pas sentis
capables. Elle nous apporte un sentiment de bien être, elle comble notre besoin de reconnaissance, de compassion et tout comme l’amour elle n’est qu’exceptionnellement éternelle. Nous sommes en
perpétuelle mutation, nos amitiés correspondent aux étapes de notre existence. Pour ma part, je considère que la « véritable » amitié impliquerait que l’autre soit capable de se
surpasser pour être digne de celui dont il cherche à susciter l’intérêt. Pour cela il devrait faire l’effort d’entrer dans son univers, il devrait savoir écouter mais surtout entendre sans juger
ni préjuger, et accepter de se laisser surprendre. Le niveau de mes exigences est élevé me direz vous ? Oui, mais ce n’est qu’à cette condition que deux êtres peuvent réellement établir un
lien durable et réciproque. Cela implique bien entendu qu’ils soient sur une même longueur d’onde, et suffisamment prêts à s’investir de part et d’autre. Toutes ces conditions sont très
difficiles à réunir, c’est sans doute la raison pour laquelle je n’ai pas eu beaucoup d’amis dans ma vie. J’ai toujours le chic pour tomber sur des personnes trop envahissantes qui cherchent à me
vampiriser, où à l’inverse, sur des personnes un peu distantes avec lesquelles j’ai toujours l’impression d’être en situation de demandeur. Curieusement ce sont celles là que je préfère car c'est
moi qui les ait choisies. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’amitié est vouée à l’échec sur le long terme quand la frustration mène la danse. J’ai appris avec le temps à ne prendre que
ce qu’il y avait de bon dans une relation, sans me faire d’illusions. Au final, comme la plupart d'entre nous, je me contente d'avoir de "bonnes copines" sans forcément chercher à établir plus de
profondeur, sans doute par peur d'être déçue. Souvent, une amitié disparaît sans que je ne me sente responsable le moins du monde
Le moment le plus fort, je le dois néanmoins à Raphaël Beauville lorsqu’il entre dans la « peau » de Tchaïkovski,
pour évoquer sa rencontre avec la baronne von Meck. Un moment poignant qui me touche particulièrement, interprété d’une manière magistrale par ce comédien décidément très doué. L’année 1876 aura
en effet, été marquée pour Tchaïkovski par sa rencontre avec cette dame russe richissime, veuve et mère de onze enfants, qui tombe amoureuse de lui à travers sa musique. Pour lui permettre de se
consacrer entièrement à son art, elle propose au compositeur de lui verser une rente de 6000 roubles par an, le plaçant ainsi dans une situation beaucoup plus confortable qu’auparavant. Elle ne
pose qu’une seule condition : ils ne se verront jamais. Pacte conclu. Pendant quatorze ans, la baronne rémunérera ainsi Tchaïkovski, sans jamais le rencontrer, tout en échangeant avec lui
une correspondance volumineuse et passionnée dans laquelle le compositeur expose ses vues sur la musique, la littérature, la religion, l'histoire, la politique... Mais la baronne était
elle-même une personne fascinante, qui tenait du mécène, de l'amateur éclairé, du bas-bleu, de la folle hystérique. Ces correspondances, sont la principale source de ce que nous savons de
l’univers intérieur et de la personnalité de Tchaïkovski. Elles ont été brûlées par Mme Von Meck elle-même le jour où elle s'aperçut, enfin, qu'il ne lui rendait nullement son amour, et surtout
qu’il aimait les hommes… Il ne subsiste malheureusement plus que les correspondances qu’elle avait elle-même adressées à Tchaïkovski ainsi que l’ultime réponse écrite par le compositeur après la
rupture. Raphaël Beauville s’adresse alors à une femme, choisie au hasard dans la salle, et lui lit ce qui est une véritable « déclaration d’amour » de Tchaïkovski à Mme von Meck. Dans
cette dernière lettre, il lui confie combien il l’a aimée et aussi qu’elle fût le seul « véritable » amour de sa vie. Il lui exprime sa détresse affirmant que sans elle, il se sent
incapable de composer ni même de continuer sa vie… Ultime tentative de manipulation, où sentiments réels ? Nul ne le saura jamais. En tout cas c’est très beau. Je suis émue, la salle applaudit à
tout rompre. Nous apprenons aussi que c’est en achevant, en 1893, sa sixième symphonie en souvenir de Mme von Meck, « l’adagio lamentos » qui d’ailleurs est
qualifié de pathétique et sonnant comme un requiem, que Tchaïkovski mourra en quelques semaines. Certains disent du choléra, tout comme sa mère, d'autres d'une conjuration qui réprouvait sa
sexualité. Dans les deux cas, la fatalité l'aura tristement rejoint…
Nous voici dans l’univers « Armanien ». Artiste Français, peintre, sculpteur, Arman est né à Nice en 1928. Consacré comme l’une des plus grandes figures de l’art Français durant
la seconde moitié du 20ème siècle, il décèdera à New York en 2005. Formé à l’école des arts décoratifs de Nice, puis à l’école du Louvre à Paris, il entame sa pratique de l’art par la peinture,
influencé par l’abstraction qui domine alors la scène artistique en France. C’est vers 1950 qu’il dirige son travail vers une peinture non figurative. Il abandonne alors les pinceaux et trouve de
nouveaux modes d’expression. La première salle est consacrée à ses débuts. Après avoir récupéré des tampons encreurs administratifs, il a l’idée d’imprimer par des gestes automatiques la
surface d’une feuille où d’un tableau. Il adopte rapidement les grands formats et la règle de composition du « all over » le cachet de l’œil du tigre (1959). Petit à petit, les
objets font irruption dans le champ spatial du tableau sous forme de débris cassés qui sont fixés à la toile. Il élabore alors les premières « colères » selon un savant micro montage.
La seconde salle est consacrée aux poubelles. Leur contenu est déversé dans de la résine transparente, « mettant en exergue la personnalité même de la personne concernée ».
Poubelles de femmes, poubelles de riches, poubelles de pauvres, nos ordures en disent long sur nous même. Je suis amusée de retrouver des emballages d’une époque révolue avec des marques qui
n’existent plus de nos jours mais qui me sont restées familières. Applicateurs de « tampax » flacons de shampoing et autre. Par la suite il reprend la série des poubelles en y incluant
« tous » les déchets, y compris organiques. Coquilles d’huîtres, rondelles de citron résidus de viande etc… La projection d’un film sur le traitement des ordures ménagères à New york
dans les années 60 complète le tableau.
Nous terminons par la visite de la collection permanente du musée. Nous déambulons comme des gamins dans le dédalle des salles, kaléidoscope géant, reflet de l’art sous toutes ses formes et
en toute liberté. Sculptures, photos, mobilier contemporain, tous les grands sont ici représentés, Dali, Matisse, Fernand Léger, Picasso, Dubuffet, Miro, Francis Bacon, Giaccommetti, Marcel
Duchamp, Philippe starks… Un vrai régal, une journée intense et riche dont j'aimerais pouvoir vous parler plus longuement mais je suis obligée de m’arrêter là. Et si vous y alliez plutôt ?



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