img022.jpgMa passion des chats remonte à l'enfance. Je devais avoir six ans lorsque mon frère rapporta à la maison celui qui allait devenir le préféré de mes compagnons de jeux, un adorable chaton gris et blanc récupéré chez un copain dont la chatte avait eu des petits. A maintes reprises nous avions tenté de faire fléchir mon père pour qu'il accepte un animal à la maison, mais sans succès. De plus, il prétendait détester les chats qu'il qualifiait de voleurs, fourbes et autres noms d'oiseaux que je ne répèterais pas ici. La tâche s'annonçait ardue. Il disait souvent à qui voulait l'entendre  que jamais un de ces "sales greffiers" ne franchirait sa porte... Avec l'aide de Maman qui avait tout de suite adopté notre cause, nous avions décidé cette fois dela faire changer d'avis. Deux jours durant, le chaton resta sagement enfermé dans notre chambre et ne sortit que lorsque Papa était au travail, mais le troisième jour, ce qui devait arriver arriva. Le petit coquin s'étant faufilé entre nos jambes alla se cogner tout droit dans celles de mon père tandis qu'il accrochait sa veste à la patère de l'entrée. Mes deux frères et moi retenions notre souffle... Papa, interloqué d'abord, devint rouge de colère. Nous avions osé le mettre devant le fait accompli et je me doutais bien qu'il n'allait pas aimer ça du tout ! Maman s'affairait dans la cuisine ou elle remuait nerveusement quelques casseroles histoire de se donner une contenance et je vis mon père prendre le chaton par la peau du cou et se diriger vers la fenêtre qu'il ouvrit toute grande. Non ! Il n'allait pas faire ça ! Je me mis à hurler en m'accrochant a son bras : "Papa s'il te plait, pas ça", m'écriais-je (poussée dans le dos par mes deux frères qui savaient que mon père me refusait rarement quelque chose). "Je te promets d'être sage, j'aurais de bonnes notes à l'école, j'aiderais Maman à la cuisine, je ferais même la vaisselle. S'il te plait"... Mon père reposa le chaton et je vis briller dans ses yeux un éclair de malice. A ce moment là je sus que c'était gagné. Bien entendu, il n'aurait jamais jeté cette pauvre bête par la fenêtre, encore moins sous nos yeux, il n'était pas un monstre, mais a six ans, on y croit ! Il semblait assez satisfait de son effet. Nous eûmes tous droit à un sermon en bonne et due forme, ma mère surtout pour s'être laissée attendrir, puis il décida que nous pourrions garder l'animal à la condition expresse qu'il soit propre et qu'il ne vienne pas traîner dans ses jambes. Sinon... d'un geste théâtral il désigna la fenêtre. Mon frère, à cause de notre concierge Marseillaise qu'il affectionnait particulièrement décida qu'il s'appellerait "Boudiou", expression typiquement méridionale dont elle ponctuait souvent ses phrases avec ce délicieux accent du midi qui la caractérisait. Je trouvais ça un peu ridicule mais il ne nous laissa pas le choix. Boudiou devint ainsi mon meilleur compagnon de jeux apaisant mes peines et mes chagrins d'enfant. Même mon père avait fini par s'y attacher. Lorsqu'il mourut à l'âge de quatorze ans, je le vis pleurer pleurer pour le première fois.

undefined
Ces superbes dessins sont de Sonja Knapp
Ils illustrent le livre d'Anny Duperay "Les chats Mots"
J'avais écrit ce texte en 1996 pour un magazine consacré aux félins.
Je vous donnerais la suite plus tard...


 


Retour à l'accueil