Je vous parlais précédemment de mon chat d'enfance baptisé Boudiou par mon frère. Eh bien voici la suite de ses aventures. De tous mes chats, il fut sans doute celui qui en vécut le plus grand nombre. Certaines auraient pu se terminer tragiquement car il était téméraire et un peu casse-cou, mais une bonne étoile semblait veiller sur lui. Il adorait par exemple passer d'une fenêtre à l'autre (au quatrième étage d'un immeuble Parisien) pour aller rendre visite à la voisine où se coucher dans le lit du grand-père à qui il fichait chaque fois une frousse bleue. Ensuite, il revenait tranquillement à la maison par le même chemin. Comme tous les chats, il était fasciné par les oiseaux, passant des heures à les épier au travers des vitres. Il entrait en transe chaque fois que l'un d'entre eux se posait sur le rebord de la fenêtre, claquant des dents, au comble de l'excitation, et caressant le fol espoir de pourvoir un jour en attraper un. Par une nuit d'été, alors qu'il avait réussi à se faufiler dans notre chambre à notre insu tandis que le fenêtre était ouverte, il realisa son rêve... Je fus réveillée en pleine nuit par un charivari indescriptible et je vis mon chat, sautant comme un diable à ressort de l'armoire au lit, puis sur le coffre à jouets, subitement transformé en monstre le poil hérissé, toutes griffes dehors. Il miaulait comme un fou et ce n'est qu'en allumant la lumière que je vis l'oiseau. Celui-ci tenta de lui échapper mais le chat l'immobilisa d'un coup de patte et le prit dans sa gueule. Le pauvre volatile se débattait encore mais Boudiou redressait la tête d'un air triomphant. Nous eûmes toutes le peines du monde à lui retirer sa proie tant il grognait et vociférait. Fort heureusement, le moineau s'en tira sans trop de dommages et put reprendre son envol. Boudiou se fit gronder et comme il était très rancunier, il nous bouda pendant deux jours. C'est sans doute en voulant réïtérer son exploit qu'un jour, il fit une chute qui aurait pu lui coûter la vie. Il s'en tira avec le menton ouvert et une patte cassée ayant eu la chance de tomber côté pelouse ! Toujours sa bonne étoile sans doute. Par la suite, lorsque nous eûmes un jardin, il se vengea des oiseaux, les croquant en cachette chaque fois que l'occasion s'en présentait. Nous retrouvions ça et là quelques restes et des plumes mais il se gardait bien de nous les apporter comme il le faisait avec les souris et mulots qu'il déposait fièrement sur le perron et pour lesquels il était félicité. Les chats ont de la mémoire !

Mon père ayant terminé la construction de notre pavillon, nous déménagions dans le courant de l'été pour venir habiter dans le Val de Marne qui était encore à cette époque une région verte et boisée. Après quelques règlements de compte avec les matous du voisinage, notre Minet des villes devint un vrai dûr et se fit respecter. Il aima très vite cette nouvelle vie et prit l'habitude de pousser de plus en plus loin ses investigations n'oubliant toutefois jamais de revenir à la maison pour le dîner. Un jour qu'il rentrait, comme à son habitude de sa promenade dans la vaste propriété de notre voisin d'en face qui était son lieu de prédilection (a cause des magnifiques massifs de fleurs qui s'y trouvaient, des arbres hauts, et surtout du bassin où l'on pouvait pêcher le poisson rouge à volonté), il se fit heurter par un motocycliste. L'homme prit la peine de s'arrêter et visiblement désolé, vint sonner à la grille pour s'excuser. Il n'avait pu éviter l'animal qui gisait sur la route, un filet de sang à la bouche, mort... C'est du moins ce que je crus sur l'instant. Tandis que mon père soulevait le petit corps inerte et que Maman et moi pleurions à chaudes larmes, il remarqua que ses oreilles bougeaient avec le vent. S'agissait t-il d'une illusion ou bien restait-il un souffle de vie ? Toujours partisant des grands moyens, Papa alla chercher de l'eau bien froide qu'il lui versa vigoureusement sur la tête. Là, le miracle se produisit. Le chat se redressa sur ses pattes, chancelant d'abord, puis tout a coup parfaitement revigoré. Il courut jusqu'à la maison ou il se réfugia sous un meuble jusqu'au lendemain. La pédale de la mobylette n'avait fait que provoquer un K.O et il se remit vite après quelques jours de nourriture liquide et quelques dents en moins. Il devint par la suite très méfiant pour traverserl a route et parvint jusqu'à un âge avancé sans autres avatars.

Jalousie, quand tu nous tient !
Lorsque, bien plus tard, j'amenais à la maison celui qui allait devenir mon mari, Boudiou se montra d'une jalousie insoupçonnée jusqu'alors. Il multiplia les hostilités envers celui qu'il considérait visiblement comme un intrus. Par exemple, chaque fois que nous regardions la télévision, il s'interposait entre l'écran et mon ami, se déplaçant si nécessaire de manière a être toujours bien dans l'axe. Puis il entreprenait une toilette méticuleuse. Lorsque, excédés nous finissions par le chasser, il s'en allait en boudant ostensiblement. Par la suite, lorsque nous venions chez mes parents pour passer le week-end, il commencait par me faire la fête en ronronnant comme un fou, puis il investissait la chambre et se couchait le premier, en travers du lit et à la place de mon mari ! Ils devinrent toutefois d'excellent amis. Maurice qui heureusement aimait les chats, réussit à l'amadouer en lui offrant clandestinements les boites de thon que mon père stockait dans la réserve.Nous eûmes par la suite plusieurs autres chats dont je vous parlerais peut être un jour, si vous le voulez-bien.

 
Dessin de Virginia MILLER
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