J'admirais depuis longtemps la beauté de cette race. Ce masque brun ces yeux bleu azur, cette silhouette élancée conféraient à ces chats une élégance mystérieuse et rare. C'est pourquoi lorsque je vis arriver pour mon anniversaire cette petite chose grisâtre aux pattes postérieures trop hautes et de surcroit affublée d'un strabisme convergent, que Maurice prétendait être un Siamois pure race, il me fût difficile de cacher ma déception. Je pensais qu'il s'était fait abuser... Les enfants étaient ravis, notre petite chienne aussi, je devais donc me faire une raison et puis, il était malgré tout très attachant. Lorsqu'il grandit, ce "vilain petit canard" se mua en un magnifique et robuste matou très beau, et digne représentant de sa race. C'est en voyant par la suite d'autres chatons Siamois que je sus qu'ils étaient tous ainsi durant leur prime enfance. Il faut attendre environ six mois pour voir se profiler leur silhouette et leur couleur définitive.


Arthur fût un chaton espiègle et turbulent au caractère entier. Très calin à ses heures, il pouvait vite se transformer en un petit démon aux yeux rouges qui dévastait tout sur son passage, simplement pour satisfaire son impérieux besoin de se dépenser. Il fallait voir avec quelle vivacité il grimpait tout en haut des murs où après les rideaux avant de traverser l'appartement en trombe. Loin d'être méchant où agressif, tout cela n'était pour lui qu'un jeu, il impressionnait les amis de passage par son regard et son attitude ce qui, je dois bien l'avouer m'amusait assez. Le Siamois a la réputation d'être un chat "méchant" ce qui est absolument faux. Il est même un excellent compagnon de jeux pour les enfants car il possède une énergie remarquable et n'est jamais fatigué. Plutôt du genre "pot de colle" avec les humains, bavard et envahissant, il est toutefois très différent d'un matou ordinaire. Les intonations de sa voix sont tout aussi surprenantes. Tantôt rauques, tantôt modulées elles peuvent être assimilées à un langage. Je crois que lorsque l'on a eu la chance de posséder un tel chat, on finit par trouver les autres minets un peu fades...

Bien que citadin, Arthur eut l'occasion de découvrir les joies du plein air lors de vacances en bord de mer. En prévision du départ, j'avais fait l'acquisition d'un joli panier en osier tressé muni d'une fenêtre à barreaux qui me semblait adapté à la situation. Le jour J, le chat ne fit aucune difficulté pour y pénétrer croyant qu'il s'agissait d'un nouveau jeu. Ce n'est que lorsque nous arrivâmes près de l'ascenseur que la panique s'empara de lui. Il défonca le panier, lacéra le tee shirt de ma fille qui tentait de le retenir, et se retouva, je ne sais comment agrippé tout en haut du mur du palier dont il ne voulait absolument plus descendre.

Après un voyage mouvementé durant lequel il ne cessat de miauler, nous arrivâmes enfin à destination. Le premier soir, il fit la connaissance d'un crapaud qu'il essaya de gober tout cru. Mon fils, s'inquiétant de le voir "baver tout vert" nous alerta et nous eûmes toutes les peines du monde à lui nettoyer la gueule afin de le débarrasser du liquide gluant qui le faisait ressembler à une bête enragée. Le lendemain, il s'avisa de grimper le long d'un sapin qui jouxtait la maison et bien entendu, une fois arrivé en haut, il rendit compte qu'il ne savait pas comment redescendre. Nous étions sur le point d'appeler les pompiers lorsqu'il trouva enfin une technique qui lui permit de reculer jusqu'au toit de la maison, heureusement assez proche sur laquelle il sauta.

Les jours suivants, il se fit de plus en plus vagabond et nous passâmes une bonne partie des vacances à le chercher partout. Il adorait narguer les deux Fox-Terriers du voisin qui écumaient de rage et je vivais dans l'angoisse qu'il ne se fasse dévorer où écraser par une voiture. Inutile de vous dire que par la suite, nous n'avons pas renouvelé l'expérience. Il est resté à la maison pendant nos absences sous bonne garde !


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