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J’avais entendu parler de cet artiste il y longtemps, dans les années 1970, alors qu’il divisait les critiques et les amateurs d’art moderne. Certains criaient à l’imposture et qualifiaient ses œuvres de vaste fumisterie, alors que d’autres ne tarissaient pas d’éloges à son sujet et le considéraient déjà comme un véritable génie. Aussi, lorsque j’appris qu’une exposition lui était consacrée à Paris, je décidais de m’y rendre afin de pouvoir me faire ma propre opinion. Je n’ai jamais eu l’occasion d’entrer à l’intérieur du centre Pompidou devant lequel je suis pourtant passée à de multiples reprises, c’est donc mue par un vif sentiment de curiosité et une certaine dose d’excitation que je me laisse guider jusqu’à la station de métro Rambutteau avant de pénétrer dans le hall de ce temple de l’art contemporain dont l’architecture, polémique, a mis bien du temps à trouver sa place dans le paysage Parisien. Surnommé « notre dame de la tuyauterie » « usine à gaz » où « hangar de l’art » il fût en effet longtemps considéré comme une verrue qui défigurait la ville et ce, encore bien après sa création en 1977. Il a heureusement depuis, acquis  ses lettres de noblesses puisqu’il est désormais la troisième institution la plus visitée, après le Louvre et la Tour Eiffel. Construit comme une sorte jeu de construction géant, avec des passerelles métalliques et des escaliers roulants enchâssés dans des tuyaux de plexiglass, il me fait penser à une immense cage pour hamsters à l’intérieur de laquelle ce sont des humains qui déambulent. Nous en plaisantons tout en regardant à nos pieds, sur le parvis, les gens réduits à la taille de petites fourmis. Certains s’agitent dans tous les sens tandis que d’autres se reposent où même sont allongés à même le sol. Un homme fait d’énormes bulles de savon que les enfants, nombreux en cette journée de Mercredi, s’amusent à faire éclater avant même qu’elles n’aient pu prendre leur envol. L’expo est située au dernier étage, nous en profitons pour faire un détour par la terrasse d’où nous pouvons admirer une vue imprenable sur Paris. Bien que le temps soit quelque peu brumeux en ce jour de Novembre, je trouve cela magnifique.

DSCF1110.jpgNous voici dans l’univers « Armanien ». Artiste Français, peintre, sculpteur, Arman est né à Nice en 1928. Consacré comme l’une des plus grandes figures de l’art Français durant la seconde moitié du 20ème siècle, il décèdera à New York en 2005. Formé à l’école des arts décoratifs de Nice, puis à l’école du Louvre à Paris, il entame sa pratique de l’art par la peinture, influencé par l’abstraction qui domine alors la scène artistique en France. C’est vers 1950 qu’il dirige son travail vers une peinture non figurative. Il abandonne alors les pinceaux et trouve de nouveaux modes d’expression. La première salle est consacrée à ses débuts. Après avoir récupéré des tampons encreurs administratifs, il a l’idée d’imprimer  par des gestes automatiques la surface d’une feuille où d’un tableau. Il adopte rapidement les grands formats  et la règle de composition du « all over » le cachet de l’œil du tigre (1959). Petit à petit, les objets font irruption dans le champ spatial du tableau sous forme de débris cassés qui sont fixés à la toile. Il élabore alors les premières « colères » selon un savant micro montage. La seconde salle est consacrée aux poubelles. Leur contenu est déversé dans de la résine transparente, « mettant en exergue la personnalité même de la personne concernée ». Poubelles de femmes, poubelles de riches, poubelles de pauvres, nos ordures en disent long sur nous même. Je suis amusée de retrouver des emballages d’une époque révolue avec des marques qui n’existent plus de nos jours mais qui me sont restées familières. Applicateurs de « tampax » flacons de shampoing et autre. Par la suite il reprend la série des poubelles en y incluant « tous » les déchets, y compris organiques. Coquilles d’huîtres, rondelles de citron résidus de viande etc… La projection d’un film sur le traitement des ordures ménagères à New york dans les années 60 complète le tableau.

 

La salle suivante est consacrée au travail de l’artiste sur « la masse critique de l’objet ». C’est la période de l’accumulation, répétition en grand nombre d’un objet du même type. « Elle fait valoir le principe de fabrication en série d’un même objet tout en faisant ressortir la singularité de chacun dans sa grande ressemblance avec le suivant ». Les blaireaux (qui servaient autrefois à étaler le savon à barbe) sont coulés dans un buste de femme en résine, des poupées, toutes strictement identiques sont mises en scène dans un cadre de bois, des chaussures de différentes formes et différentes couleurs sont assemblées en un tableau mural, la plus troublante de ces accumulations est sans conteste celle des masques à gaz, bien rangés dans un cadre fixé au mur.

 

Pour le moment tout ça me plait et me parle. Je ne regrette pas ma visite. Mais le meilleur reste à venir.  Nous entrons dans la salle des colères et des coupes. Lors de ses « colères », « Arman détruit des copies de meubles, des instruments de musique avec une gestualité empruntée à la pratique des arts martiaux qu’il adapte pour sauvegarder partiellement l’identité des objets ». Un buffet Henri II, des instruments de musique, un piano, une contrebasse… J’adore. Le piano éclaté nous montre son mécanisme, c’est très beau un piano vu de l’intérieur, la contrebasse explosée est sertie dans un écrin rouge et encadrée de bois. « L’environnement des objets brisés fait fonction de catharsis poétique, à la fois violente et sublime ». Il s’attaque ensuite à la combustion. Pianos, fauteuils, prie-Dieu et divers objets de mobilier son brûlés partiellement. Leur combustion est stoppés juste avant qu’ils ne se décomposent totalement, ils sont alors  figés en l’état par l’application de résine qui leur donne une couleur de bronze irisé absolument magnifique. Je passerais rapidement sur la période « Arman, art et industrie » où il utilise des pièces d’automobiles pour en faire des sculptures. Ce n’est vraiment pas ce que j’ai préféré… Des capots de Renauld 5 empilés, des câbles et des pièces automobiles en guise de matériau, tout cela ne me touche guère sans que je puisse vraiment en expliquer la raison.

DSCF1114.jpgNous terminons par la visite de la collection permanente du musée. Nous déambulons comme des gamins dans le dédalle des salles, kaléidoscope géant, reflet de l’art sous toutes ses formes et en toute liberté.  Sculptures, photos, mobilier contemporain, tous les grands sont ici représentés, Dali, Matisse, Fernand Léger, Picasso, Dubuffet, Miro, Francis Bacon, Giaccommetti, Marcel Duchamp, Philippe starks… Un vrai régal, une journée intense et riche dont j'aimerais pouvoir vous parler plus longuement mais je suis obligée de m’arrêter là. Et si vous y alliez plutôt ?

 

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