Hier, direction la station de Métro Champs Elysées pour visiter l’expo de Christian Boltanski qui se tient dans la nef du Grand Palais à Paris.

 

On m’aura prévenue, je dois m’attendre à une expérience troublante voire même désagréable aux dires de certains. J’essaie de ne pas me laisser influencer et je laisse mes préjugés de côté pour me laisser porter ma mes propres émotions. La salle est immense et il fait froid. Il y a d’abord cet étrange mur composé de boites de métal rouillées  qui me font penser à des casiers. Elles sont bien alignées, numérotées et semblent contenir les objets personnels de personnes disparues. Plus loin, des carrés bien délimités sont recouverts de vêtements soigneusement rangés. La vie est encore là car des battements de cœur sont émis par des haut-parleurs situés sur les poteaux qui délimitent ces espaces. J’ai l’impression que tous ces manteaux sont des gens qui attendent… Les battements, bien que tous différents sont réguliers, tranquilles. J’avance lentement dans ces allées, au milieu de ces âmes invisibles qui ne semblent pas vraiment se rendre compte de ce qui les attend. Les visiteurs s’observent par des regards furtifs et dérobés, comme s’ils cherchaient à travers l’attitude des autres à trouver les réponses à leurs propres questionnements. Certains déambulent, décontractés, le nez en l’air, d’autres sont visiblement mal à l’aise, d’autres encore restent plantés là, se frottant le menton où se grattant la tête, perplexes. Il y a beaucoup de gens âgés. Pour ma part j’oscille entre  deux attitudes. L’architecture est magnifique et je ne peux m’empêcher de m’attarder, sur les verrières fraîchement rénovées, en même temps tous ces carrés bien délimités me font penser à des tombes. Généralement j’aime visiter les cimetières mais là il y quelque chose de différent, d’indéfinissable. La vie semble encore présente et c’est assez troublant… Tout au fond de la nef, une immense grue grinçante surplombe une pyramide de vêtements. Régulièrement, la mâchoire de métal frappe au hasard et en lève quelques uns jusqu’en haut de la verrière avant de les laisser retomber, faisant immédiatement penser à la mort qui frappe sans prévenir, d’une manière aveugle. Les habits à mes yeux symbolisent les personnes. Certaines seront tuées mécaniquement, au hasard et sans raison, les autres réussiront à lui échapper. Comment ne pas faire un parallèle avec l’holocauste ? Boltanski est Juif.

 

A la sortie nous apprenons que les battements de cœur sont ceux de quelques visiteurs pris au hasard. Ils ont été enregistrés à l’aide d’appareils reliés à des stéthoscopes. La salle n’est absolument pas chauffée malgré la température extérieure. Le froid est voulu par l’artiste. Je suis heureuse de retrouver la vie et la foule au dehors. Je me sens comme quelqu’un qui vient d’échapper à un péril imminent. Que dire de cette œuvre éphémère qui ne restera que dans les mémoires ? Monsieur Boltanski, s’adresse directement à notre inconscient. C’est étrange, bouleversant, dérangeant, voilà les mots qui me viennent immédiatement à l’esprit.


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