Depuis toujours, je suis fascinée par ces sculptures qui ornent de nombreux édifices religieux mais aussi civils et qui épient nos fait et gestes du haut des toits et des pinacles, tantôt bien visibles, tantôt blotties dans l’ombre.

DSC_1474-gargouilles.jpgElles ont connu leur apogée au Moyen âge mais elles existaient déjà à l’époque Romaine où elles côtoyaient d’autres créatures fantastiques, souvenirs de coutumes païennes telles que le mythe de « l’homme vert » qui naissait de l’entremêlement des feuillages. Elles étaient alors en terre cuite. Elles prendront le nom de chimères, à la fin du XVème siècle avec la découverte des décors peints de la Domus Auréa. Pour les gargouilles, l’étymologie du mot vient du latin : gugula, gulia qui vient de gorge et qui fait allusion au glou-glou de l’eau. C’est sans doute pour cette raison qu’elles ont souvent la forme de « dragons » aquatiques. Elles apparaissent dès le XIIIème siècle avec la construction des premiers chenaux. Leur fonction est d’écarter des murailles l’eau qui ruisselle des toits, et de protéger l’édifice des forces du mal. Elles sont généralement sculptées dans la pierre et représentent des monstres vomissants, où des êtres humains à l’âme avilie et donc difformes, ce qui était synonyme à cette époque de maladie mentale où de Diablerie. Au XIVème siècle, elles sont généralement longues et grêles, chargées de détails. Au XVème siècle, elles s’affinent encore et prennent un caractère particulièrement inquiétant et étrange. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XVIème siècle que les sculpteurs adoptent des figures de chimères qui rappellent les anciennes figures antiques. Les chimères de la cathédrale Notre Dame de Paris ont été conçues par Eugène Viollet-le-Duc. Elles n’existaient pas au Moyen âge et ont été incorporées par le brillant architecte vers 1845. La plus célèbre est la Stryge inspirée des légendes orientales, esprit nocturne et malfaisant, elle semble ne pas se lasser d’examiner la vie  et les habitants de la capitale.

gargouilles-358920.jpgDe magnifiques chimères ont été récemment mises à jour lors de la rénovation du palais de Justice de Rouen où elles dormaient là, cachées sous la crasse.

Gargouille-Justice-Rouen.jpgLes gargouilles de la Sainte Chapelle à paris ne représentent pas seulement des bustes d’animaux mais aussi des personnages humains à l'apparence torturée attachés aux lamiers supérieurs. Leurs têtes se détournent pour jeter l’eau le plus loin possible des angles et des contreforts. Lors de ma dernière visite en Décembre, elles vomissaient des stalactites de glace dans le ciel de Paris enneigé, spectacle assez surréaliste et troublant dont je garde en mémoire un étrange souvenir .

normal sainte-chapelle-palais-de-justice-parisDe très beaux spécimen de chimères peuvent aussi être admirées à la cathédrale Notre Dame de Chartres. Celle-ci est dotée d'un sexe assimilé à la luxure.

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 Lors de vos prochaines promenades touristiques, pensez à lever les yeux vers le ciel pour admirer ces petits chef-d'oeuvre, il y en a sur de nombreux édifices et cela vaut souvent le détour.

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