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Normande d’adoption depuis déjà six ans, je ne me lasse pas de découvrir la richesse du patrimoine de cette région. Lors de mon précédent article, je vous parlais de la voix des vieilles pierres qui réussissent parfois à troubler nos sens autant nos oreilles. Cette Abbaye où je me suis rendue récemment à tant choses à raconter qu’il suffit d’écouter, et d’admirer. Un site magnifique à visiter, que vous soyez où non amateur d’histoire.


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En 654, l’Abbaye de Jumièges est fondée par Saint Philibert, Abbé Français du VIIème siècle, sur un domaine du fisc royal. Elle connaît très vite un développement important qui accroît ses richesses mais, comme elle fait partie de l’ordre Bénédictin, elle se doit de redistribuer les deux tiers de ses revenus aux pauvres. Elle attire la convoitise des Vikings qui ravagent la Normandie à cette époque, ils la pillent à plusieurs reprises, et l’incendient en 841. Face à la menace, les moines préfèrent s’exiler. Emportant reliques et manuscrits, ils abandonneront le site pour une durée de près de cinquante ans. C’est sous l’impulsion de Guillaume 1er de Normandie (Guillaume Longue épée) qu’elle sera partiellement restaurée et pourra accueillir douze religieux venus de l’Abbaye Saint Cyprien à Poitiers. L’Abbé Robert de Jumièges fera consacrer solennellement le monastère en 1067, en présence du duc de Normandie Guillaume le Conquérant et de nombreux prélats dont tous les évêques de Normandie.


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Au XIIIème siècle, la communauté connaît un dynamisme sans précédent et se dote même d’un « scriptorium », une bibliothèque comprenant pas moins de quatre cent ouvrages dont certains ont pu être sauvés et se trouvent actuellement à la bibliothèque de Rouen. Construite à l’origine en style roman, l’Abbaye sera transformée en un style gothique, jugé plus à la mode, vers 1267. Les deux styles se superposeront et on les distingue encore très bien notamment dans les vestiges du transept qui a survécu à la destruction.


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Un oiseau, vestige du style roman d'origine.

 

Les huguenots pendant les guerres de religion ravagent à nouveau le monastère. L’Abbaye subit une nouvelle fois le pillage, la mise à sac et la destruction de ses meubles, tableaux, vases et même les reliques qui seront brûlées puis jetées à la Seine. La bibliothèque devient elle aussi la proie des pillards et les moines sont contraints de s’exiler encore une fois. Ce n’est que sous le règne de Charles IX que les religieux recevront la permission de vendre leurs terres pour subvenir à leurs propres besoins. Dix sept religieux reviendront alors à Jumièges et remettront un peu d’ordre dans la pauvre Abbaye dévastée.

 

Mais le pire reste encore à venir. Sous la Révolution, l’Abbaye, comme beaucoup d’autres monuments, (L’Abbaye de Mortemer, château Gaillard etc…) est vendue au titre des biens nationaux. En 1802, le nouveau propriétaire, Jean-Baptiste Lefort décide de faire exploser le cœur de l’église afin de récupérer les pierres qui se vendent très cher à l’époque et qui servent à construire différents bâtiments public, hôpitaux et autre… Le bon dosage de la poudre à canon étant très difficile à réaliser, il ne retrouvera, après un boum retentissant qui mettra en péril l’édifice tout entier, que de la poussière et des débris de pierre inutilisables, qui seront utilisés pour remblayer la digue qui protégeait jadis le site des fréquentes crues de la Seine. Par la suite, il préférera détruire les chapelles et les bâtiments d’habitation, plus faciles d’accès. Ironie du sort, c’est donc grâce à cette erreur « technique » que les ruines actuelles ont pu parvenir jusqu’à nous.


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Avec la mode Romantique, l’église connaît un nouvel essor au XIXème siècle. Rachetée par la famille Lepel-Cointet, elle devra sa renommée notamment à Victor Hugo, à l’historien Robert de Lasteyrie, et à Roger Martin du Gard qui lui consacrera une thèse.


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Elle deviendra propriété de l’état en 1947, puis propriété du département de Seine Maritime en 2007. D’importants travaux de consolidation sont en cours et elle soigne désormais ses blessures sous le regard bienveillant des visiteurs qui l’admirent et s’intéressent enfin à son histoire…


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Le portail d'entrée d'époque Médiévale. 

Photos : Myriam Moix - Aline Bosselin


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