Il y a quelques temps ici même, je lui consacrais un poème. Mais vous ais-je raconté de quelle manière elle est arrivée dans notre vie ? Son histoire, vous allez le voir, est tout aussi attendrissante que celle des autres matous dont je vous ai parlé dans mes précédents articles. Elle y mérite largement sa place même si elle n’a pas de pédigrée. Elle ressemble plutôt à une chatte de sorcière avec son pelage noir parsemé de mèches couleur feu, pourtant c’est un ange, un amour. Jamais je n’ai connu une chatte aussi câline, intelligente et douce, et ce n’est pas faire injure à mes autres défunts matous que de l'admettre.

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Nous connaissions Monique, sa propriétaire depuis de nombreuses années. Elle était l’amie de ma sœur et passait toute la saison d'été dans sa résidence secondaire, une jolie maison avec vue sur la campagne, située juste en face de chez elle. Lors de nos visites, il nous arrivait de nous attarder chez elle de temps a autre pour bavarder, prendre un verre sur sa terasse où faire une partie de scrabble. Nina qu’elle avait adoptée à la SPA et qu’elle adorait, venait se lover dans ses bras et semblait narguer Câline, la chienne de toute sa hauteur. Elles avaient toutes les deux une relation assez fusionnelle que je trouvais émouvante, et que je comprenais d’autant plus que je vouais à l’époque la même passion à ma chère Siamoise Prisca. Bien plus tard, Monique fût frappée par cette terrible maladie qu’est la maladie d’Alzheimer. Sa fille avait dût la placer dans un établissement spécialisé car elle perdait son autonomie et ne pouvait plus rester seule chez elle. Elle réussit à faire adopter la chienne par une amie de sa mère. Nina allait devoir rejoindre les deux autres pestes de chattes Persannes de sa fille qu'elle détestait cordialement.

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Entre temps, nous avions quitté Franconville et nous étions venus nous installer en Normandie dans un petit appartement que ma sœur nous louait, au rez de chaussée de sa maison. Arthur, notre siamois, nous y avait suivi. Il était dans sa dix neuvième année lorsqu’il mourut par une triste nuit de décembre. Prisca elle, nous avait quittés l’année précédente, emportée par une vilaine tumeur. Nous nous retrouvions en manque d'affection féline avec un grand vide au cœur. C’est à ce moment là que Nina est entrée dans notre vie.

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La fille de Monique revint un jour avec Nina dans la maison de sa mère, pour nettoyer le jardin. Par respect, elle ne voulait pas s’en séparer mais nous expliqua que la vie à la maison était devenue impossible car les chattes se battaient constamment et elle repartit le jour même en laissant la chatte qui s’était échappée, dehors toute seule dans la neige, en plein mois de Février. Elle avait demandé a ma soeur de s'en occuper provisoirement et de la nourrir, ce qu'elle avait accepté de bonne grâce, mais elle ne la réclama jamais. 

Le soir même, mon mari est retourné dans le jardin de Monique pour essayer de la retrouver. Il l'appela en vain. Il eut l'idée de faire mine de tourner la clé dans la serrure. Elle sortit de sa cachette en miaulant et se laissa attraper. Il faisait un froid glacial. Il l'a ramena dans son blouson jusque chez ma soeur. A peine entrée, elle se mit à ronronner, à se frotter, visiblement heureuse de se retrouver en pays de connaissance. De ses grands yeux verts elle nous remerciait à sa manière. C’était très émouvant. Par le suite elle prit ses quartiers et retrouva ses petites habitudes, allant de son territoire au nouveau, qu’elle défendait tous les deux du mieux qu’elle pouvait contre les intrus de tout poil. Elle passait beaucoup de temps dans son ancien jardin désormais désert, attendant sans doute le retour de sa chère maitresse. L’été venu, résignée, elle se rapprocha de nous. Elle se perchait souvent sur notre fenêtre pour y quémander des câlins et prendre le soleil, mais elle ne cherchait pas à entrer.Traumatisée sans doute pas ses récentes mésaventures elle était devenue méfiante. Et puis petit à petit la curiosité l’emporta et nous la vîmes un jour descendre l’escalier qui menait a notre appartement. Elle entra, rampa pour inspecter les lieux puis repartit à toute vitesse mais par la suite, elle prit l’habitude de venir, de plus en plus souvent.

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Comme nous lui prodiguions des caresses et lui donnions à manger, elle finit par prendre confiance et par investir complètement les lieux, allant jusqu’à dormir dans notre lit. Elle s’installa définitivement chez nous, au grand dam de ma sœur qui nous reprochait gentiment de l’avoir « séduite ». Après deux années passées ainsi, nous prîmes la décision de nous installer définitivement en Normandie et louâmes alors un appartement, plus grand et plus confortable, dans la petite ville des Andelys. J’étais très partagée à l’idée de devoir renoncer à la chatte. J’oscillais entre le désir de l’emmener, tout en sachant qu’elle serait privée de sa chère nature, et celle de la laisser vivre chez ma sœur qui bien entendu n’y voyait aucun inconvénient. Le jour du déménagement, c’est elle qui a choisi. Elle était restée toute la journée à la maison, visiblement inquiète, et lorsque qu’arriva le moment d’emporter le dernier carton, nous la retrouvâmes assise dessus, avec ce regard inquisiteur qui posait clairement la question : et moi ? Nous avons craqué et l’avons prise avec nous. Je ne l’ai jamais regretté. A aucun moment elle ne nous a donné l’impression de s’ennuyer. Il est vrai qu’elle était habituée à la vie en appartement puisque son ancienne maîtresse habitait le reste de l'année Colombes, dans le département des Hauts de Seine. Elle s’adapta tout de suite, se contenta très vite des quelques petites escapades dans l’escalier de l’immeuble qui lui étaient permises et des bains de soleil sur le rebord de la fenêtre. Elle ne chercha jamais à sortir sur les gouttières (nous habitons sous les toits) ou beaucoup d'autres chats circulaient pourtant. Les quelques téméraires qui eurent l’audace de tenter de s’engouffrer dans l’appartement à son insu s’en souviennent et ont tâté de sa redoutable griffe ! Elle défend farouchement son territoire.

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Au moment où j’écris ces lignes, Nina est là, près de moi, installée à côté l’ordinateur, comme pour vérifier la véracité de mes dires et accréditer mon récit. Nous sommes très attachées l’une à l’autre et développons une relation complexe, difficile à expliquer. Je suis heureuse du bonheur que nous nous apportons mutuellement. Elle nous a consolés de la mort d’Arthur et nous a choisis pour le meilleur, et peut être aussi pour le pire puisqu’elle est âgée de douze ans et que les chats, tout comme nous, ne sont pas éternels.

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